L’école du Chapoly, une école alternative inspirée des grands pédagogues du XXe siècle

Les pédagogues

L’école du Chapoly appartient au courant de l’Éducation Nouvelle, Parmi les pédagogues qui ont contribué au dynamisme de ce mouvement figurent, Roger Cousinet, Fernand Oury, Elise et Célestin Freinet, Maria Montessori, Adolphe Ferrière.

Cousinet, instituteur puis inspecteur primaire à partir de 1920, développe dans sa région une pédagogie fondée sur la coopération et l’autonomie des élèves, en insistant sur la responsabilité de l’élève dans sa propre formation.

Fernand Oury, instituteur, fondateur de la pédagogie institutionnelle, propose une approche qui organise la classe grâce à des institutions (conseil, métiers, règles) pour permettre à chacun de trouver sa place. Il voit la classe comme un collectif vivant où la parole est structurée. Son objectif est de créer un cadre sécurisant qui rende possible l’apprentissage, l’autonomie et la responsabilité de chaque élève.

Quant à Freinet, revenu blessé de la Première Guerre Mondiale, ne pouvant plus enseigner de façon classique, il imagine avec son épouse Elise une démarche pédagogique lui permettant de poursuivre son métier d’instituteur. Tous deux mettent l’accent sur la pédagogie active, la libre expression, l’imprimerie,  le travail en groupe et l’apprentissage par l’expérimentation.

Enfin, Maria Montessori, médecin et pédagogue italienne, a créé une méthode fondée sur l’autonomie de l’enfant et l’observation scientifique. Sa pédagogie propose un environnement préparé, du matériel sensoriel autocorrectif et un rôle d’enseignant guidant plutôt que dirigeant. Elle vise à permettre à chaque enfant de développer pleinement son potentiel, à son propre rythme.

Les dispositifs pédagogiques

Au sein de l’École nouvelle du Chapoly, on trouve des dispositifs pédagogiques très variés dans lesquels on reconnaît clairement l’influence de Montessori, de Cousinet, du couple Freinet et de Oury.

Chaque semaine, tous les membres de l’école, adultes comme enfants, de la petite section au CM2, se réunissent pour la grande assemblée, dont les modalités s’inspirent de la pédagogie institutionnelle et du conseil Freinet. Chacun, enfant comme adulte, peut soumettre un projet, un problème, poser une question, passer une information. Ainsi, c’est en assemblée d’école qu’ont été résolues par exemple des problématiques engendrées par l’utilisation de cartes Pokémon. Ce temps d’échange collectif a permis aux enfants d’apporter des solutions et de construire ensemble des règles communes de fonctionnement (arbitre, espace et temps dédiés…). Les enfants vivent également chaque semaine une assemblée de classe. 

Freinet avait à cœur d’offrir à ses élèves l’opportunité d’imprimer leurs travaux, afin de leur donner une importance concrète. On trouve un écho de cette pratique dans les textes écrits par les enfants suite à leur passage en cuisine et au jardin. De même, chaque semaine, les familles reçoivent un courriel intitulé « Le quoi de neuf du vendredi » et les enfants contribuent fréquemment à sa rédaction.

Le travail coopératif se trouve aussi au cœur de la pédagogie chapolienne. Un enfant à l’aise en mathématiques peut devenir « référent » pour ses camarades qui le sollicitent lorsqu’ils sont en difficulté. Les temps de recherches et d’exposés sont également l’occasion de  travailler en groupes. 

Dans les métiers et “p’tits boulots” que les enfants font chaque semaine, on retrouve également l’influence de la pédagogie institutionnelle, ce qui permet à chacun de participer concrètement à la vie collective de la classe mais aussi de toute l’école.

Les enseignants de l’école, qui adoptent cette pédagogie active, favorisent les apprentissages par projet. L’année 2024-2025 a été marquée par un « grand voyage » (tous les enfants, de la grande section au CM2, y ont participé). Pour le financer, les enfants ont redoublé d’ingéniosité. De même, c’est une équipe composée de quelques enfants accompagnés d’un adulte de l’école qui a réfléchi à toute l’organisation du séjour, a pris contact avec les différents prestataires, a réservé les activités. A chaque étape, les enfants ont présenté leur travail en grande assemblée pour une validation collective.  

L’accent est également mis sur l’expérimentation et sur les apprentissages en milieu réel. Les enseignants utilisent le milieu pour favoriser les apprentissages. C’est ainsi que l’enseignante de CE organise des ateliers « Mesures et grandeurs » qui peuvent se dérouler par exemple dans le pré (au Chapoly, on ne parle pas de « cour » mais de pré !), servant ainsi d’espace concret pour les mesures. Concernant le matériel pédagogique, de nombreux outils s’inspirent de celui imaginé par Montessori. Au Jardin d’enfant, sont proposés des ateliers de transvasements, des cadres pour lacer, boutonner… Pour les plus grands, les dictées muettes permettent les premiers apprentissages de l’orthographe lexicale. Dans le domaine des mathématiques,  les enfants peuvent s’adonner à des ateliers de manipulation.

De multiples bénéfices, à considérer sur le long terme

L’école favorisant l’autonomie, les enfants chapoliens développent un grand sens des responsabilités dans la gestion d’eux-mêmes, de leurs affaires, de leur travail. Les différents projets de classe ou d’école, menés parfois sur plusieurs mois, les rendent endurants, en capacité d’envisager la satisfaction de façon différée et non pas immédiate. Ils apprennent aussi à apprendre, à chercher l’information par eux-mêmes. Les compétences psychosociales sont sans cesse sollicitées, à travers les différents temps et activités collectives, au sein de la classe ou de l’école. Les apprentissages fondamentaux ne sont pas oubliés, renforcés par l’expérimentation et la manipulation.

Les pédagogues de l’Education nouvelle avaient à cœur de respecter le rythme d’apprentissage des enfants, la personnalité de chacun, et on retrouve dans la démarche des adultes du Chapoly cette pédagogie reconnaissant l’enfant dans sa globalité au sein d’un collectif.